La mousson africaine à l'étude pour mieux anticiper les sécheresses

Article rédigé le Jeudi 29 Novembre 2007 par agatefrance
 
 
Le climat de l'Afrique de l'Ouest est marqué par une mousson au comportement erratique, qui conditionne la survie de millions de paysans dans la zone sahélienne. Pendant cinq jours, jusqu'au 30 novembre, plus de 300 scientifiques se réunissent à Karlsruhe, en Allemagne, pour présenter les dernières connaissances engrangées par le programme international AMMA (Analyses multidisciplinaires de la mousson africaine) lors de la campagne 2006. Intensive, cette étude a été menée sur le terrain par plus de 800 scientifiques et techniciens africains, européens et américains, au moyen de navires océanographiques, de satellites, de ballons stratosphériques, d'avions de recherche et d'installations au sol.

Des pluies capricieuses

Pour le Sahel, la mousson est vitale, car c'est le seul épisode de pluie de l'année, et toutes les ressources en eau en dépendent. Elle se présente sous la forme de gros orages localisés et discontinus. L'arrivée de la mousson est aussi très variable, car elle peut commencer à la mi-mai ou à la fin juillet. Or les paysans africains attendent ces pluies pour semer leurs céréales. Prévoir l'arrivée de ces précipitations est donc capital pour eux. Le système agricole d'Afrique de l'Ouest est en effet caractérisé par un fragile équilibre entre l'offre en ressources naturelles et la demande de nourriture d'une population en augmentation. Le projet AMMA, lancé en 2002 pour étudier la mousson, court jusqu'en 2010, et dispose d'un budget total de 55 millions d'euros.

Ces données, qui s'ajoutent à celles acquises les années précédentes, précisent les points-clés de cette mousson, qui a entraîné vingt-cinq ans de sécheresse en Afrique de l'Ouest (de 1970 à 1995). Elles devraient permettre à terme de mieux cerner l'évolution d'épisodes orageux, tantôt insuffisants ou tantôt excessifs, comme cette année.

L'océan Atlantique joue un rôle fondamental dans le déclenchement de la mousson, provoqué par un contraste de température entre l'eau froide du golfe de Guinée et le continent. Surchauffé en été, ce dernier attire l'air humide présent au-dessus de l'océan, ce qui provoque la formation de lignes de grains se déplaçant de l'est à l'ouest de l'Afrique. Or "en 2006 et en 2007, l'océan a été plus chaud que d'habitude. Cette condition défavorable a provoqué un déclenchement tardif de la mousson, contrairement à 2005 où l'océan était plus froid", explique Jan Polcher, du Laboratoire de météorologie dynamique du CNRS à Paris.

Un autre phénomène a participé au retard. Il s'agit de l'oscillation de Madden-Julian, faite de perturbations venteuses présentes dans la zone tropicale à 12 kilomètres d'altitude, et qui font le tour de la planète en soixante jours. Cette oscillation était en phase inactive en 2006, ce qui a eu pour effet d'assécher l'atmosphère.

Autre nouveauté, les scientifiques ont mis en évidence le rôle important joué par le sol dans le développement des orages. On savait déjà que l'humidité du terrain - en fonction des différents types de végétation - pouvait avoir un impact sur le climat. Mais les observations menées au-dessus d'un sol mouillé à la suite d'un orage ont montré que la température de l'air peut y être de 2 oC plus froide qu'au-dessus d'une surface sèche. L'air part alors de la zone humide vers les régions sèches, ce qui apporte de l'instabilité sur ces dernières et favorise la genèse de nouveaux grains.

La campagne 2006 a aussi confirmé que le désert du Sahara est la source la plus importante d'émission de poussières minérales dans le monde, tandis que les brûlis sur des étendues agricoles pendant la saison sèche font du continent africain le plus grand émetteur de fumées de la planète.

Les scientifiques ignorent comment ces deux émissions conjuguent leurs effets au plan climatique, alors qu'on note que, pendant la saison sèche, la lumière du soleil à la surface de la Terre est réduite d'environ 5 % par la poussière minérale d'origine naturelle et de 5 % par la fumée d'origine humaine.

Il reste encore beaucoup à faire pour intégrer toutes ces données dans des modèles de prévision météorologique qui puissent être utilisés localement. Les informations obtenues lors du programme AMMA doivent aussi permettre de simuler plus précisément l'évolution du climat africain d'ici à 2050 ou à 2100 face au réchauffement mondial, alors qu'on manquait jusqu'alors de données suffisantes.

"La meilleure connaissance de la mousson acquise année après année va nous permettre de faire le lien avec les cultures vivrières", précise Christian Baron, du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) à Montpellier (Hérault). "L'objectif de fond, ajoute le chercheur, est d'améliorer les systèmes d'alerte précoce pour la sécurité alimentaire. Or pour avoir une meilleure estimation des zones de crise, il faut disposer des prévisions avant les récoltes."

Les chercheurs testent l'intérêt des prévisions météorologiques pour améliorer les rendements des cultures vivrières. A cette fin, plusieurs sites d'expérimentation ont été créés au Burkina Faso, au Niger, au Mali et au Sénégal. Les scientifiques y comparent les cultures réalisées sans aide météorologique avec celles qui ont bénéficié de ces données.

Sources : Le Monde.fr
Mots clés : actualite, meteo
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